Interview avec Marie-Claude BLIN, Ancienne fonctionnaire de la Commission européenne

Le vendredi 24 novembre 2017, l’association Alp’Europe a organisé une conférence « Les carrières européennes » à Sciences Po Grenoble. L’équipe est ravie de vous faire partager aujourd’hui l’interview de Mme Marie-Claude Blin, ancienne fonctionnaire de la Commission européenne et qui est intervenue durant la conférence pour faire partager son expérience avec les étudiants.

Q.En quoi consistait votre métier à la Commission européenne ?

Marie-Claude Blin: Ce qui est intéressant tout d’abord dans les métiers de l’Europe, c’est que c’est un travail avec de multiples facettes, et il est possible de faire des métiers très différents sous ce vocable d’ « eurocrate ». Je suis récemment retraitée, et pour ma part, mon métier a eu différentes étapes.

J’ai passé un concours d’administrateur postuniversitaire, et j’ai tout d’abord travaillé dans le domaine du droit douanier – je suis juriste -, qui est un domaine tout à fait intégré avec une politique commune depuis les années 1960, c’est un secteur très européanisé. Ensuite, j’ai travaillé dans le domaine de la TVA, de la fiscalité, un domaine beaucoup moins coordonné. Pour terminer, je me suis intéressée au droit de l’environnement. C’était un droit en gestation à l’époque. Lorsque j’ai quitté la fonction publique européenne par retraite, j’étais chef de service adjoint à la DG environnement, et je coordonnais notamment l’ensemble des procédures de précontentieux et de contentieux à l’égard des 28 Etats-membres dans le domaine des manquements au droit de l’environnement. Cela signifiait négocier avec les Etats-membres, porter un projet au niveau interne, le défendre au niveau des différents services de la Commission européenne dans les directions générales, et puis quand on en arrive à la procédure d’infraction, aller à l’encontre des Etats-membres, les amener à reprendre le droit chemin – et si ce n’est pas le cas les conduire devant la Cour de Justice à Luxembourg.

Q.Quels conseils donneriez-vous à une étudiant souhaitant travailler à la Commission européenne ?

Marie-Claude Blin : C’est quelque chose qui est plutôt antinomique, mais être à la fois motivé, volontaire et humble. Notre approche hexagonale des choses nous amène à penser que nous « savons », et ce n’est pas un propos générationnel. En l’occurrence, s’il y a vraiment un atout, c’est d’être curieux d’esprit, tolérant, et de rester constructif. Car très souvent, le dossier sur lequel on travaille ne passe pas par la porte, mais devra passer par la fenêtre ou par la cheminée…et il faut continuer à être persuasif.

Le second élément, qui est peut-être moins de portée actuellement qu’il ne l’était pour ma génération, c’est d’être très à l’aise en langues. Cela reste encore une contrainte que souvent les étudiants, les jeunes français, maitrisent mal dans ce type de fonction ou de perspective.

Q. Combien de langues pensez-vous qu’il faille maîtriser ?

Le concours, le recrutement, se fait sur trois langues. Je pense qu’il vaut mieux jouer la « voie royale » que les autres formules temporaires pour travailler dans les institutions. A mon sens, si on a le corps chevillé à cette fonction publique européenne, il vaut mieux y aller par le biais du concours.

Q. Quels sont les avantages et les difficultés de votre métier ?

Marie-Claude Blin : Les avantages, par définition, pour moi tel que je l’ai vécu, c’est ce monde international, qui est une façon se de remettre en question, de remettre le « travail » sur le « métier », de trouver une voie de sortie sur un texte législatif, sur une bonne application du droit telle que les Etats l’ont prévue.

J’ai ressenti des contraintes particulièrement dans la dernière étape de ma carrière dans le droit de l’environnement. D’une façon générale les citoyens veulent plus d’environnement, c’est un des domaines où ils estiment que l’Europe peut mieux faire. Les hommes et femmes politiques poussent donc sur ce volet, mais on a bien vu les difficultés des différentes COP. Au niveau de la mise en œuvre, on se rend compte de deux paramètres : c’est une politique très coûteuse, et à long terme. Cela signifie pour les hommes et femmes politiques qu’ils doivent tout faire pour que cette politique soit appliquée maintenant, mais que les bénéfices en reviendront dans vingt ans peut-être pour le plus grand bonheur d’un de leurs opposants politiques. Dans la mesure où l’homme politique – et c’est un propos tout à fait de science politique de base – fonctionne au niveau de son élection prochaine, il y a un déphasage temporel qui existe.

Pour en revenir aux avantages de mon métier, je dirais que c’est de travailler avec des cultures différentes, des langues différentes, mais aussi des origines universitaires différentes. Par exemple, travailler avec un ingénieur atomiste, pour un juriste on ne parle pas la même langue, même si l’on est français tous les deux…c’est remarquable !

Enfin, une des difficultés du métier est de savoir « mettre son poing dans sa poche » quand on voit qu’un texte ne passera pas au Parlement européen ou au Conseil parce que d’autres impératifs sont apparus. Il faut alors reprendre son dossier, motiver ses troupes et dire à son équipe qu’elle fait un travail formidable et que cette construction juridique est magnifique, mais qu’elle n’est pas vendable politiquement.

Propos recueillis par Eva Gerland

 

 

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